Sénégal : la « fraude passionnelle » d’un candidat au bac habillé en femme.

Dans la ville sénégalaise de Diourbel, un jeune homme s’est travesti pour passer l’épreuve d’anglais à la place de son amoureuse. Les réactions vont de l’indignation à l’attendrissement…

À bien y réfléchir, on serait parfois tenté d’accorder un diplôme à celui qui a su tricher avec talent, élégance et originalité. Après tout, le culot n’est-il pas de ces atouts qui garantissent certaines carrières professionnelles aussi remarquables que fulgurantes ? Parfois, au panache de la mise en scène frauduleuse s’ajoute même une dimension théâtrale et un zeste de romantisme. Le Sénégal vient d’en être le témoin…

C’est dans le quartier Ndayane de la ville de Diourbel, ce 31 juillet vers 17 heures, qu’un jeune homme âgé de 22 ans s’est déguisé en femme pour passer une épreuve d’anglais, dans un centre d’examen du baccalauréat. Vêtu d’une robe et d’un foulard de couleur fuchsia et aux motifs noirs et blancs, le cou orné d’un châle anthracite, bretelle de soutien-gorge apparente, le garçon a esquissé une démarche féminine et compté sur le masque anti-Covid pour couvrir d’un supplément d’ambiguïté la nature réelle de son identité sexuelle…

Circonstance atténuante ?

Ce n’est qu’en plein examen, après avoir trompé la vigilance de l’accueil, que le fraudeur – nommé Khadim Mboup, selon la presse sénégalaise – sera confondu par une surveillante. L’histoire révèle qu’il n’y pas seulement fraude au sexe, mais tromperie sur la personne : amoureux, l’étudiant aurait cultivé de tels doutes sur les compétences de sa petite amie dans la langue de Shakespeare qu’il aurait décidé de passer, à sa place, l’épreuve d’anglais du baccalauréat.

Dans la foulée de sa garde à vue, le couple a été placé sous mandat de dépôt, le lundi 2 août, après avoir été entendu par le procureur. Le jeune homme est poursuivi pour usurpation d’identité et fraude à l’examen, tandis que la jeune fille est visée pour complicité de fraude. Ils pourraient être jugés dès le 5 août au tribunal de Diourbel.

Expliquant aux enquêteurs avoir « agi par amour » envers sa copine qui « avait de sérieuses difficultés en anglais », le tricheur plaiderait donc une sorte de « fraude passionnelle ». Il aura obtenu une célébrité involontaire, la photographie du travestissement improvisé faisant les choux gras des réseaux sociaux. La Raddho (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme) dénonce d’ailleurs une atteinte à la dignité et à la présomption d’innocence du jeune homme.

La fraude au baccalauréat est un écueil récurrent, dans de nombreux pays, notamment ceux dont les ministères souffrent de moyens limités ou d’une corruption endémique. Certains États choisissent de répondre par une répression impitoyable. Récemment, 31 personnes étaient condamnées à des peines de prison ferme, en Algérie, pour avoir triché à cet examen. L’amour sera-t-il, à Diourbel, une circonstance atténuante ?

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